Voilà l'un des rares pianistes européens, dotés d'un réel univers musical.
Nous avions déjà salué en quelques chroniques, dans ces colonnes la
créativité du Britannigue. Avec Abacus. Il livre l'une de ses oeuvres les
plus ambitieuses, dans la forme (une suite d'inspiration baroque pour
saxophone, piano, contrebasse et batterie) et abouties dans la réalisation.
Concilier la rigeur de Jean-Sebastien Bach et la vigeur de Cecil Taylor, le
sens mélodique de Keith Jarrett des quartettes ("Sarabande") et la cambrure
de l'écriture d'Anthony Braxton pour le même format ("Burlesque") - toutes
influences citées par John Law - était tout sauf évident. La fougue de Jon
Lloyd aux saxophones alto et soprano, la fantaisie de Gerry Hemingway à la
batterie et la complicité établie du contrebassiste Tim Wells sont de
superbes atouts. Ce quartette annihile toute tentative exogène et tire au
contraire la musique de John Law en plein centre du jazz: le jeu collectif,
le son collectif, la jubilation spontanée.
Alex Dutilh Jazzman Magazine November 2001